Prologue.
Dans le monde occidental et plus particulièrement en Europe, sont mis en exergue depuis quelques années déjà, des problèmes alimentaires dus à des modes de production agricole intensive. Tous les élevages ou presque sont concernés, que ce soit la « vache folle », le « poulet à la dioxine », les poissons d'élevages nourris avec des farines animales, la « tremblante du mouton » ou sa « fièvre aphteuse » pouvant contaminer les autres espèces. Les consommateurs ne savent plus vers quelle viande se tourner. Du coup, parfois, ils se détournent de la viande.
Qui dit agriculture dit aussi cultures. Et là, c'est au niveau mondial que se pose le problème des organismes génétiquement modifiés (O.G.M.), dont on ne sait rien, et que l'on impose discrètement à nos assiettes. Ces O.G.M. ne semblent pas avoir d'autre utilité que d'instaurer des monopoles d'approvisionnement de certains produits brevetés, faisant la fortune de quelques firmes multinationales, propriétaires exclusifs de ces brevets.
Notre monde est engagé dans un engrenage infernal, dans une course aux profits dont chacun sort perdant. Les bêtes perdent la santé avant la vie, les agriculteurs perdent le sommeil, des années de travail et la confiance des consommateurs qui eux, perdent l'appétit quand ce n'est pas la santé. Seuls les grandes sociétés industrielles et leurs actionnaires y gagnent des bénéfices toujours plus gros.
Seule une prise de conscience collective et massive pourra faire entrevoir une porte de sortie, et permettra de la forcer si besoin est. Il faudra alors que les autorités compétentes adhèrent au mouvement puis le mènent, en prenant les décisions difficiles mais courageuses qui s'imposent pour remettre les choses en ordre. Même si cela prend du temps, c'est possible, car rien n'est jamais irrémédiable.
Heureusement, cette prise de conscience se fait, petit à petit, un peu partout dans le monde. Chez nous, elle est souvent suscitée par les premiers concernés : les agriculteurs. Ils savent mieux que quiconque ce qui est bon pour la terre, pour les animaux et pour les consommateurs. A contrario, ils savent mieux que quiconque ce qui n'est pas bon. C'est pourquoi certains d'entre eux n'hésitent plus à se fédérer, et à prôner une nouvelle agriculture, moderne mais différente. Une agriculture non intensive, suffisante, de qualité et respectueuse de l'environnement. Ils ont parfois des méthodes différentes pour un même but.
En Bretagne, région active et réactive par tradition, un syndicat se mobilise un peu plus bruyamment que les autres dans la contestation des systèmes établis : l'Union pour un Renouveau Paysan. Il est à l'origine de quelques coups d'éclats, comme la désormais célèbre manifestation à la préfecture de Rennes, dont il avait envahi les locaux , l'été dernier. Ils avaient organisé un barbecue géant devant les portes du bâtiment, invitant leurs sympathisants et les passants à venir manger gratuitement en leur compagnie, et à comparer leurs produits du terroir avec des marchandises bas de gamme préalablement achetées dans un hypermarché local. La démonstration fut éloquente.
Menée par René Le Cam, homme charismatique, jusqu'alors peu connu du grand public, cette action avait pour but de dénoncer les recettes de fabrication de certains produits alimentaires de consommation courante, l'utilisation intensive de sous-produits de mauvaise qualité, et le diktat des industriels sur les méthodes de culture et d'élevage des agriculteurs. Ce fut un succès d'autant plus retentissant que les média avaient été conviés en nombre pour se faire l'écho de ce rassemblement. Les journalistes ont été conquis par le discours et la façon de procéder du syndicat et de son leader. Depuis lors, devenu leur chouchou, il fait régulièrement la une des journaux, qu'ils soient télévisés ou de la presse écrite, les occasions de se faire entendre ne manquant pas.
Néanmoins, aussi graves et préoccupant qu'ils soient, ces problèmes n'influencent que les comportements alimentaires et politiques des gens. Ils ne les empêchent pas de continuer à vivre leurs vies quotidiennes, avec leurs joies et leurs peines.
Toujours est-il que cela ne laisse personne indifférent. Tout le monde en parle, chacun y allant de son petit commentaire. Certains en plaisantent pour relativiser, d'autres prétendent qu'il s'agit d'une machination des média qui dramatisent les faits pour vendre plus de journaux, affirmant parfois que ces problèmes ont toujours existé. D'autres, fatalistes, se disent que l'on récolte aujourd'hui ce que l'on a semé hier et attendent que le vent tourne.
Quoi qu'il en soit, même si le monde va mal, il continue à aller. Et en Bretagne, région agricole s'il en est, ces problèmes ne sont pas quotidiennement la préoccupation principale de tous. Heureusement.
* * * * * * * *
Jeudi soir.
La nuit ne va pas tarder à tomber. La pluie non plus d'ailleurs, comme depuis plus d'une semaine déjà. Les éclairages publics sont allumés. Le temps est froid et brumeux. Les rues sont désertes ou presque. On aperçoit la silhouette d'un homme, d'allure grande et sportive, portant un long manteau. On le devine élégant, encore jeune, tout de noir vêtu, se rendant à une réception. En chemise blanche mais sans cravate, chaussures à boucles vernies assorties à l'ensemble. Il paraît sortir de la maison d'un ami. Non ! A la voix il s'agit plutôt d'une amie.
- Au revoir Robin ! Lui dit-elle, en murmurant imperceptiblement le regret d'une séparation trop hâtive.
Il est à pied. Il descend la rue Ange de Guernisac puis contourne l'église Sainte Mélaine, l'édifice de style gothique devenu pôle d'attraction du centre historique de la ville. Encore quelques mètres et il rentre dans le Café de l'Hôtel de Ville. L'endroit est spacieux et éclairé. Le décors un peu rétro donne un style raffiné. A cette heure ci, en semaine, il n'y a pas grand monde. C'est l'heure à laquelle les clients sont soit déjà partis, soit pas encore arrivés. Mais il y a quand même la petite faune des habitués. Il en salue quelques uns puis le patron. Il prend le journal sur une table et s'installe au bout du comptoir en commandant sa bière. Il lit brièvement les informations de la veille.
- Le Proche Orient, les inondations, les élections passées et celles à venir....Rien de neuf ! La vie et son éternel recommencement. Dit-il, lassé de la constance humaine. Ah ! Si il n'y avait pas une vache folle de temps en temps pour distraire notre actualité !... Poursuit-il ironiquement.
- La vache folle, ça commence à suffire. Il y en a marre de la vache folle. Rétorque un vieil homme quelque peu éméché à l'autre bout du zinc. Ca fait plus d'une dizaine d'années qu'on en parle de cette foutue vache folle, et elle est toujours là. C'est peut- être qu'elle n'est pas si folle que ça !? Conclut-il. Puis il continu son monologue en marmonnant dans sa barbe et en contemplant son verre.
Robin continue :
- Il n'y a même pas une photo de notre vedette locale dans les premières pages du journal !? Pourtant il y a eu une manifestation paysanne hier, à Rennes. René n'en était pas ? Demande t-il au patron qui s'est placé face à lui pour discuter.
Alain, le maître des lieux, est un solide gaillard d'une quarantaine d'années qui a pas mal roulé sa bosse avant de devenir son propre chef. Il a réalisé son plus vieux rêve en faisant de son établissement une des meilleures adresses de la région, pour son service chic et irréprochable et pour la qualité et le choix de ses assiettes gastronomiques. Il figure dans tous les guides spécialisés.
- Non, ce n'était pas son syndicat qui organisait la manif. C'étaient les autres.
- Ah bon. Et à part ça !? Qu'est ce que tu me racontes de beau ? Quelles sont les nouvelles ?
- Elles n'ont pas beaucoup changé depuis la semaine dernière, répond t-il. Ce sont toujours les mêmes choses qui reviennent sur le tapis....
Retentit alors une sonnerie de téléphone portable facilement reconnaissable par sa tonalité inattendue et désagréable. C'est celui de Robin. Il le sort de sa poche et répond.
- Robin !?!...Bonsoir Gwen. Tu n'as pas l'air d'aller bien. Que se passe-t-il ? ... Quoi ? Quand cela s'est il passé ? ... Où es tu ? ... Ne t'inquiètes pas, ne bouge pas, j'arrive.
Il coupe la communication, sort de la monnaie de sa poche et paie sa bière.
- Il s'est passé quelque chose de terrible. Je n'en reviens pas. Dit-il à Alain en le payant.
- Que s'est il passé de si terrible ? Racontes !
- Non désolé je n'ai pas le temps. Il faut que je file. Je t'en parlerai plus tard. Répond-il en sortant précipitamment du café.
Il se presse d'arriver à sa voiture. Il n'habite pas très loin, et elle est garée en bas de chez lui. Il monte dedans et roule aussi vite que possible vers la ferme de René Le Cam, juste à la périphérie de Morlaix.
L'appel venait de Gwénaëlle. La fille de René. Il la connaît depuis qu'ils sont tout petit. Ils ont quasiment grandis ensemble et ont toujours été liés par des sentiments très forts l'un envers l'autre. Elle vient de lui apprendre que son père est mort. Elle l'a découvert chez lui dans sa ferme. Elle était bouleversée. En larmes.
* * *
Il roule dans la nuit. Le temps est toujours brumeux et encore plus froid que tout à l'heure. Un de ces temps décrits dans les contes fantastiques pour enfants, dans lesquels on s'attend à voir surgir un lutin de derrière un arbre, se jetant sur nous pour nous jouer un mauvais tour. Si ces créatures imaginaires font parties des légendes locales, on sait bien que sur ces routes de campagnes noires et sinueuses, rendues glissantes par les traces de terres laissées par les tracteurs sortant des champs, le danger est tout autre. On risque un accident de voiture à tout moment si on ne conduit pas prudemment. Cela requiert une vigilance de chaque instant. Surtout que Robin est pressé. Il roule vite, un peu trop vite.
Malgré tout, Robin arrive à la ferme sans encombre et se gare devant la maison qui est à deux pas des bâtiments de l'exploitation. Il y a déjà deux voitures. Celle de René et celle de Gwénaëlle. Les lumières de la maison sont allumées.
Il n'a pas coupé son moteur que déjà la porte d'entrée s'ouvre. Gwénaëlle apparaît, belle et simple comme il l'a toujours aimé. Elle se précipite vers lui en pleurant, toute troublée. Elle ne parle pas. Elle n'y parvient pas. Il la serre dans ses bras, lui dit quelques mots et la ramène dans la maison de son père.
Robin la connaît très bien cette demeure, pour y être souvent venu. C'est une vieille ferme de la fin du 19ème siècle qui a toujours appartenu à la famille de René. Il l'avait rénovée à la mort de ses parents quand il en avait hérité. Toute en pierres apparentes avec le confort d'une maison neuve. C'est le genre d'habitation qui, sur la côte fait le bonheur des parisiens venus vivre leur retraite dans la région.
Gwénaëlle se reprend un peu.
- Je te remercie d'être venu aussi vite. Excuses moi d'être dans cet état, mais je viens de trouver papa, là dehors, dans la fosse à purin. Quand j'ai vu son corps je l'ai tout de suite reconnu..., j'ai paniqué. Je ne l'en ai même pas sorti. Je suis restée prostrée... sur place puis je t'ai appelé quand je me suis ressaisie....
Elle est interrompue par l'arrivée d'une voiture dont les pneus écrasent bruyamment les graviers sur le sol de la cour.
- Ce sont les gendarmes. Je les ai prévenus.
Effectivement, deux gendarmes sonnent à la porte. Robin va leur ouvrir. Il les distingue à peine, mais les reconnaît par les silhouettes caractéristiques de leurs uniformes et de leurs képis. L'un des deux hommes est grand et mince alors que le second est petit et fort. Cette image donne un soupçon de comique au moment, qui ne s'y prête pourtant guère.
- Bonjour monsieur, gendarmerie nationale ! Nous sommes bien chez monsieur René Le Cam ? C'est vous qui nous avez téléphoné pour signaler un mort ?
- Bonjour. Oui, c'est bien ici qu'il y a un mort. C'est sa fille qui vous a prévenu. Elle est là. Mais entrez donc.
Alors que Robin les fait entrer, Gwénaëlle arrive aussitôt à leur rencontre.
- Bonjour messieurs. Je suis Gwénaëlle Le Cam. C'est moi qui vous ai appelés. Je viens de retrouver mon père mort là, dehors, dans la fosse à purin. Il y est encore. Elle les invite à la suivre dehors.
Dehors, il pleut, et la pluie est froide. On parvient à savoir qui parle par la condensation qui se dégage des bouches, masquant ainsi une partie des visages. Devant la maison, la cour est recouverte de graviers, mais autour des bâtiments, la pluie a rendu le sol boueux et aventureux dans la légère descente qui y mène. Les gendarmes prennent deux puissantes lampes torches dans leur voiture pour reconnaître les lieux et éclairer le chemin. Robin prend son parapluie, l'ouvre, et le referme aussitôt. Le vent souffle trop fort.
- Foutu temps ! S'exclame l'un des gendarmes. En plus la météo annonce une tempête. Ca va nous donner du boulot toute la nuit, on ne va pas avoir le temps de s'ennuyer.
Tout le monde suit Gwénaëlle. Ils longent un grand hangar à cochons d'où parviennent quelques timides grognements. Au bout de la porcherie, ils s'arrêtent devant un trou large d'environ deux mètres de diamètre, de forme circulaire, dans lequel gît un corps dont on ne voit que le dos. Mais pour qui connaît bien René, il n'y a pas de doute, c'est bien lui. Sa carrure de rugbyman avec son mètre quatre vingt dix et ses cent dix kilos est distinctive. Ca ne va pas être facile de le sortir de là. Robin regarde la casquette de René, détrempée par la pluie, sur le sol, au bord de la fosse. Il se penche pour la ramasser, mais un des gendarmes le lui interdit. « Il ne faut toucher à rien avant qu'on ait fait tous les relevés ».
Le plus grand des gendarmes retourne jusqu'à la voiture pour faire un premier rapport. Il en profite pour demander à une équipe de venir avec le matériel nécessaire pour procéder aux relevés et aux examens adéquats, et pour sortir le corps. En revoyant le corps sans vie de son père, Gwénaëlle éclate en sanglots. Robin tente de la consoler et lui offre son épaule pour pleurer. Il la serre très fort contre lui. Lui aussi a beaucoup de peine.
Pendant que son collègue revient, et en attendant du renfort, le moins grand des gendarmes commence à les interroger, pendant que la pluie redouble et que le vent continue à souffler.
- Avez-vous touché à quelque chose avant notre arrivée ?
- Non, à rien.
- Et vous monsieur ?
- Non, à rien non plus. Je découvre tout en même temps que vous.
- A quelle heure avez-vous découvert le corps ?
- Je ne sais pas. Ca doit faire à peu prés une demi heure. Une heure peut être.
Les questions et les réponses sont de moins en moins audibles tant le toit en tôle du bâtiment fait résonner avec fracas la pluie qui tombe dessus. Les porcs sont d'ailleurs réveillés et, énervés par ce vacarme, lui ajoutent leurs grognements. Cette cacophonie rend vite l'endroit insupportable.
- Que veniez-vous faire ici ? Crie t-il pour se faire comprendre.
- Je venais voir mon père. Lui rendre visite. Répond elle pareillement.
- Et si nous rentrions pour continuer cet interrogatoire ? Propose Robin joignant le geste à la parole en indiquant la maison pour être sûr d'être compris.
Chacun questionne les autres d'un regard. L'idée semble satisfaire tout le monde. Aussi s'y dirigent-ils en pressant leurs pas pour se mettre à l'abri, se protégeant le mieux qu'ils peuvent. Ils y arrivent trempés de la tête aux pieds. Robin est bon pour se racheter une nouvelle paire de chaussures. Celles qu'il porte n'étaient pas prévues pour cet usage. Elles sont foutues. Gwénaëlle va chercher des serviettes pour que chacun puisse se sécher et offre de pendre leurs vestes dans la remise pour les faire sécher. Ils s'installent dans le salon. On entend au loin un grondement de tonnerre. Robin suggère de faire du café.
- Pourquoi êtes vous allé le chercher là-bas ?
- Eh bien, sa voiture était dans la cour, et la maison était fermée à clé. Cela m'a surpris parce que en général quand il est dans les parages, il laisse la porte ouverte , je me suis dit qu'il devait quand même être dans un des bâtiments, et je suis allée voir si il y était. J'ai fait le tour et j'ai fini par le trouver là, dans la fosse.
- Qu'est ce qu'il faisait là à cette heure là ?
- Vous savez, il travaille là tous les jours et en plus il habite juste à côté. Alors ça lui arrive souvent de venir voir ses bêtes quelque soit l'heure. Et puis il faut parfois s'en occuper quand elles sont malades. Il faut les soigner.
- Et vous que faisiez-vous là à cette heure là ?
- Je vous l'ai dit, je suis venue lui rendre visite
- Qu'avez vous fait quand vous l'avez découvert ?
- Rien. Ca m'a fait un choc. J'étais tétanisée. Je suis restée sans bouger pendant quelques instants. Puis je suis retournée vers la maison en courant, comme pour fuir. J'ai pris la clé qu'il laisse toujours dans un pot de fleurs prés de la porte de derrière, je suis entrée et je vous ai téléphoné pour que vous veniez. Avant, j'ai appelé Robin.
- Pourquoi avez-vous appelé ce monsieur ?
- Parce que je savais qu'il était sur Morlaix ces jours ci, et que j'avais besoin de voir quelqu'un qui pouvait m'aider.
- Vous aider en quoi ?
- Je ne sais pas moi. Me soutenir, me réconforter..., quelqu'un sur qui je peux compter. Un ami. Si vous croyez que c'est plaisant de trouver son père mort...
- Et vous donc, monsieur, vous êtes ?
- Eh bien moi je suis Robin, l'ami en question...
Ils sont interrompus par l'arrivée d'une nouvelle voiture.
- Ah, ce doivent être nos collègues qui amènent le matériel et de quoi évacuer le corps. Je m'occupe d'eux.
Le grand gendarme va à leur rencontre et les amène à l'endroit en question.
- Il va falloir aller identifier le corps. Dit le second.
- Restez avec Gwénaëlle ! Je vais y aller. Dit Robin au gendarme.
- Non ! S'exclame t-elle, d'un non qui vient du fond du cœur. Je veux y aller. Insiste t-elle.
Ils y retournent tous les trois. La pluie s'est un peu calmée. Pour l'instant.
Le corps est sorti de la fosse par deux gendarmes, non sans mal. Gwénaëlle identifie facilement son père. Ce n'est pas un moment agréable à vivre, mais il faut bien passer par là. Les larmes aux bords des yeux, on sent bien qu'elle lutte pour ne pas se laisser aller. Elle ne veut pas craquer à nouveau. Elle résiste. Robin est là tout près d'elle, il la réconforte autant qu'il le peut. Il lui prend la main. Elle lui en est reconnaissante.
Avec la deuxième équipe, il y a un médecin. Il certifie la mort. Selon lui, à première vue, elle remonte à quelques heures, pas plus. Probablement par asphyxie, étouffé par le lisier après avoir chuté dans la fosse. Il ne peut pas en dire plus. Il conseille à Gwénaëlle de rentrer chez elle se coucher, et lui donne quelques calmants pour qu'elle puisse dormir un peu cette nuit. Il vaudrait mieux qu'elle ne rentre pas seule.
Le gendarme qui l'interrogeait lui demande de venir demain à la gendarmerie pour remplir et signer sa déclaration. Elle peut venir à n'importe qu'elle heure. Peut être en sauront-ils plus et pourront-ils lui dire ce qu'il s'est passé grâce aux relevés effectués.
En attendant, selon les recommandations du médecin, Robin lui propose de la raccompagner chez elle, car elle n'est pas en état de conduire. D'autant moins qu'il fait nuit, froid, que la pluie s'est remise à tomber et que le vent continue à souffler très fort. « Quel temps pourri ! ».
Aussi leur faussent-ils compagnie, les laissant continuer leurs investigations.
* * *
Une grosse demi heure plus tard, ils arrivent dans le centre de Landerneau, où habite Gwénaëlle. Ils se garent le long de l'Elorn, à proximité du pont de Rohan. C'est toujours la tempête. Les rues sont désertes. Il n'y a pas un chat pour se risquer dehors avec un temps pareil. Seuls le vent, la pluie et la rivière agitée rompent le silence nocturne.
Ils marchent vite, en se serrant l'un contre l'autre, jusqu'à l'entrée de l'immeuble et prennent l'ascenseur. Un de ces ascenseurs étroits qui passent au milieu des escaliers, et que l'on installait dans les années soixante dans les vieilles constructions d'avant guerre. La porte métallique en accordéon, en coulissant, laisse échapper un grincement strident à en réveiller le voisinage, de la cave aux combles.
Arrivés au dernier étage, Gwénaëlle ouvre sa porte. Robin a rempli sa mission en la raccompagnant, et s'apprête à retourner chez lui, à Morlaix. Elle lui demande, en craignant une réponse négative, de rester pour la nuit. Elle a peur de déprimer après ce qu'il s'est passé, et aussi, elle appréhende de rester seule chez elle. Elle a besoin d'une présence rassurante. Elle sait qu'il ne refusera pas, il n'a jamais rien su lui refuser. C'est un chic type avec un cœur gros comme ça pense t-elle. Avec elle du moins. Il pourra dormir là, sur le canapé. Evidemment, Robin accepte. Gwénaëlle est pour lui comme une sœur. Il sait qu'elle est fragile et qu'elle a besoin d'être soutenue. Ils franchissent donc la porte tous les deux.
Elle lui propose de grignoter quelque chose en buvant un verre. « Volontiers, merci », répond t-il.
- Je n'ai pas grand chose à te proposer, juste un reste de poulet froid et des chips avec une bouteille de bordeaux.
- Ce sera parfait, merci.
Ils s'installent dans le salon pour discuter. Robin lui conseille de prendre ses tranquillisants et d'aller se coucher dès qu'ils commenceront à faire effet. Elle met un peu de musique douce pour l'aider à se détendre.
- C'est gentil d'être venu aussitôt après mon appel tout à l'heure et de me tenir compagnie maintenant. Ca me touche beaucoup. Je n'arrête pas de penser à papa. Comment a-t-il pu tomber dans la fosse ? Ca n'était jamais arrivé auparavant ! Surtout, il aurait dû pouvoir en sortir seul.
- Je ne suis pas vraiment surpris. Je sais que des accidents comme celui-là se sont déjà produits plusieurs fois dans la région. Ce n'est pas fréquent, mais ça arrive. Il suffit d'un moment d'inattention pour tomber et une fois dans la fosse, je suppose que les vapeurs qui s'en dégagent sont assez fortes pour faire perdre connaissance à n'importe qui, et assez toxiques pour provoquer la mort.
Quelques instants s'écoulent, puis Gwénaëlle commence à s'assoupir, se recroquevillant sur elle même sur le canapé. Avant qu'elle ne s'endorme dans cette position inconfortable, elle décide d'aller se coucher dans son lit.
- Tu trouveras des couvertures et un oreiller dans cette armoire. Tu prends ce qu'il te faut. J'espère que tu ne m'en veux pas de te laisser le canapé. Je sais qu'il n'est pas très confortable, mais c'est tout ce que je peux te proposer.
- Ca m'ira très bien, ne t'inquiètes pas.
Dans cet appartement de jeune femme célibataire il n'y a malheureusement qu'une seule chambre et donc qu'un seul lit. Tandis que Gwénaëlle est dans sa chambre, Robin s'installe dans le salon, aussi douillettement que possible. Et ce n'est pas gagné. Il faudra donc que le vieux canapé Chesterfield fasse l'affaire. Mais bon, pour une nuit, ça ira. Il installe le plus gros oreiller qu'il ait trouvé, deux couvertures bien chaudes et se couche tant bien que mal entre les deux accoudoirs. Quelques étirements demain matin au levé, et les courbatures de la nuit disparaîtront.
Le lendemain matin, très tôt, après avoir très mal dormi et être allé chercher des croissants et du pain frais à la boulangerie au coin de la rue, il attend patiemment que Gwénaëlle se réveille en lisant le journal. Elle n'ira pas travailler ce matin, lui non plus. Elle finit par émerger, difficilement. En repensant à son père, elle imagine avoir fait un mauvais rêve, mais Robin lui confirme les évènements de la veille.
- Tu devrais prévenir Yann ! Lui conseille t-il en parlant de son frère.
- Oui, c'est vrai, tu as raison, je n'y avais pas pensé, il faut qu'il sache. Ca va lui faire un choc. Et dire qu'il n'est même pas en France quand tout cela arrive !
Elle cherche dans son sac à main le carnet d'adresses où elle a noté le numéro de téléphone de l'hôtel dans lequel il a l'habitude de descendre à Dakar, au Sénégal. Il va souvent là-bas pour ses affaires. Dès qu'elle a mis la main sur le numéro, elle essaye de le joindre. Après plusieurs essais infructueux, elle parvient quand même à obtenir une communication avec la réception de l'hôtel. On lui apprend que son frère n'est plus là depuis plusieurs jours déjà. Et personne ne sait où il a pu aller. Elle non plus. Il n'a pas laissé de message.
Ils prennent le petit déjeuner ensemble en parlant de choses et d'autres, et surtout de son père. Elle ne peut s'empêcher de le remercier à nouveau de l'avoir soutenue hier soir et d'être resté pour la nuit. Elle sait que sans sa présence, l'épreuve serait encore plus dure à supporter.
Après s'être assuré qu'elle tiendra mieux le choc qu'hier soir et qu'elle peut rester seule pour la journée, Robin la quitte. Il lui demande de l'appeler sur son portable au moindre problème. Il doit retourner à Morlaix pour finir de s'occuper de quelques affaires. Ensuite, il aura tout le loisir de veiller sur elle.
Le ciel à l'air de s'être apaisé ce matin. Les routes sont quasiment sèches et la ville a retrouvé ses âmes. Il sort de Landerneau.
* * *
Vendredi.
De retour à Morlaix, Robin se rend directement chez lui. Il habite non loin du centre ville, dans vieil immeuble typique de l'entre deux guerre, prés du couvent des Ursulines. En arrivant sur son palier, Robin s'aperçoit que sa porte d'entrée est mal refermée. Cela l'étonne. Il n'est pas dans ses habitudes de ne pas fermer sa porte à clé. En général il le vérifie plutôt deux fois qu'une avant de partir.
A ce moment là un voisin du dessus descend les escaliers avec un petit teckel à poil ras dans les bras.
- Dites donc jeune homme, je sais bien que vous n'habitez pas ici la moitié du temps, mais vous pourriez quand même respecter vos voisins et leur sommeil. On aimerait pouvoir dormir tranquillement dans cet immeuble. Je ne sais pas ce que vous faites la nuit, et ça ne m'intéresse pas, mais faites attention, vous savez, la nuit, la lune n'est pas toujours blanche ! Lui dit-il, d'un ton à la fois sévère et soucieux de ménager une bonne entente entre copropriétaires.
Robin, étonné, n'a rien le temps de lui répondre que le vieil homme a déjà poursuivi son chemin.
- Qu'a t-il bien pu vouloir dire par « la nuit, la lune n'est pas toujours blanche » ? Et en quoi ai-je bien pu troubler son sommeil ? Je viens juste d'arriver !? Il dit n'importe quoi.
Méfiant, il pousse sa porte, et s'aperçoit aussitôt que des objets ont été déplacés dans l'entrée. La reproduction de Buffet au dessus du guéridon est de travers, et le pot du ficus n'est plus dans ses traces. De tels détails ne peuvent pas lui échapper, minutieux comme il est. De plus en plus étonné, il avance vers le salon pour découvrir que tout est sans dessus dessous. Il garde son calme et fait le tour de l'appartement. Toutes les pièces ont été visitées et fouillées. Les meubles ont été bougés, et ses affaires jetées parterre. Plus rien n'est à sa place, tout est dérangé. La bibliothèque a été vidée de son contenu. Le sol est recouvert de livres, de revues, de CD.... Les coussins du canapé et ceux des fauteuils ont été soulevés. Les portes des armoires et des placards restent béantes, les linges tombés les empêchant de se refermer. Le spectacle est désolant.
- C'est dingue ça ! On se croirait dans une scène de mauvais téléfilm américain ! Dit-il à voix haute, stupéfait.
- Qui a bien pu faire ça ? Et pourquoi ?
Pensant d'abord à un cambriolage en constatant que sa télé et sa chaîne hi-fi ont disparu, il remarque que son ordinateur est toujours là, en évidence sur une table, et qu'en plus, il est en veille. Cela le rend perplexe. Pourquoi les cambrioleurs s'en sont-ils servis ? Pourquoi ne l'ont-ils pas emmené avec eux ? Et puis pourquoi ont ils emporté cette vieille chaîne, alors que le lecteur de CD s'était mis en grève illimité du travail depuis plusieurs semaines ? Vous me direz que si ils ne l'ont pas essayé, ils ne pouvaient pas savoir. Tant pis pour eux. Quant à la télé, pour ce qu'elle a servi, ce n'est pas une grande perte. Il ne se donnera même pas la peine d'en racheter une autre, comme ça, en plus, il économisera chaque année le montant de la redevance. Et un impôt en moins à payer, un.
Là-dessus, il téléphone à la police pour déclarer le fait. En attendant qu'une patrouille arrive pour constater l'infraction et le vol, il vérifie si on lui a dérobé autre chose.
Il profite d'un peu de répit pour retirer ses chaussures et les mettre de côté. Peu de temps après, il est en train de faire un inventaire quand on sonne à la porte. Ce sont deux policiers. Comme les gendarmes de la veille, l'un est grand et mince et l'autre petit et fort. Il ne le remarque pas cette fois ci. Ils relèvent aussitôt que la porte a été forcée, en lui indiquant les traces au niveau de la serrure. Il les invite à rentrer chez lui et leur fait faire l'état des lieux. Après un rapide coup d'œil, il ne fait aucun doute pour eux qu'il s'agit là d'un cambriolage.
- Et bien dites donc ! S'exclame le plus petit des policiers après avoir visité chaque pièce. Vous en avez un bien bel appartement. Sacrée surface. Vous vivez seul ici ? Ca ne doit pas être facile à entretenir.
Robin ne répond pas. Cela ne les regarde pas et il n'est pas d'humeur à discuter de ménage. Ni lui, ni eux ne sont là pour ça. Le policier n'insiste pas.
- Pour quelle raison pensez-vous qu'ils n'ont pas emporté l'ordinateur ? Et pourquoi ont-ils fouillé partout comme si ils étaient à la recherche de quelque chose de précis ? Demande t-il, en se tournant vers le plus grand des deux. Ils ont même soulevé les tableaux. Précise t-il.
- Vous savez, c'est toujours le même procédé. Ils n'ont emporté que ce qu'ils pouvaient mettre dans leur véhicule. Et ils ont cherché si il y avait de l'argent liquide, des carnets de chèques ou des cartes de crédits. Le reste, ils s'en foutent. Si ils ne peuvent pas le revendre, ça ne les intéresse pas. Quant aux tableaux, ils ne doivent pas être connaisseurs, ou alors ils étaient trop chargés.
- A part la télé et la chaîne hi-fi, est-ce qu'ils vous ont pris autre chose ? Demande le deuxième policier.
- Non, je ne crois pas, je ne sais pas. En tous cas je n'ai rien remarqué d'autre. Et puis avec tout ce bordel, essayez de retrouver quelque chose ! Plus rien n'est à sa place. S'emporte t-il, énervé d'être obligé de subir un tel bazar chez lui. Vous a t-on a signalé d'autres effractions de ce genre ces jours-ci ?
- Non ! Vous êtes le seul. Mais probablement pas le dernier. En général, quand ils trouvent un secteur qui leur plait, il l'exploitent jusqu'à ce qu'on leur tombe dessus ou que la bande se dissolve d'elle même. Si vous voulez porter plainte, il faudra venir au commissariat, place de Gaulle, au centre ville, pour remplir les papiers.
- Oui, je sais où vous êtes. Bien, j'essayerai de passer dans l'après-midi.
- Bon, on vous laisse. On va continuer notre patrouille. Eventuellement, mettez un modèle de serrure plus solide si vous comptez la changer. Ca ne les arrêtera pas, mais ça les retardera. Ca peut être dissuasif.
Robin les raccompagne jusqu'à la porte. Sur ce, il se retrouve seul chez lui. Il vérifie que sa serrure fonctionne encore, puis il commence à remettre de l'ordre. Par la force des choses, déformation professionnelle obligeant, il réfléchit, et essaye de comprendre ce qui aurait put lui échapper. Pourquoi s'en sont-ils pris à son appartement, alors qu'il y en a d'autres au dessous, et d'autres au dessus ? Parce qu'il est souvent inoccupé ? Pourquoi pas ? Et d'ailleurs, étaient-ils réellement plusieurs individus ?
Après tout, ce n'est pas la fin du monde. Il est inutile de céder à la paranoïa. Ce n'est pas à sa personne qu'on en voulait, mais à ses biens. Le préjudice n'est que matériel. Par rapport à la mort de René, ça n'a aucune importance.
Quand même, ça en fait des évènements inhabituels en peu de temps.
Après avoir ramassé l'essentiel de ses affaires, il prend une bonne douche bien chaude, change de vêtements et décide de sortir pour voir du monde et se changer les idées. Il finira de ranger plus tard.
N'empêche qu'il ne cesse de ressasser ce qu'il vient de se passer ces deux derniers jours. Ca le perturbe. C'est bizarre tout de même. Surtout qu'il n'a pas l'habitude de croire aux coïncidences.
* * *
Cette même journée, plus tôt dans la matinée, vers huit heure trente, le lieutenant Broca arrive à la gendarmerie. Il n'a pas le visage des bons jours. On lui a appris par téléphone ce qu'il s'est passé hier soir. Il sait que les jours à venir ne vont pas être faciles. Aussi comme a son habitude, préfère t-il faire face aux difficultés. Plus vite il les surmontera, plus vite elles seront finies. Il marche d'un pas rapide et déterminé. Il salue le garde à l'accueil, se rend à son bureau et prend connaissance des dernières nouvelles. Il sait déjà ce qu'il va y trouver. La lecture du rapport concernant la mort de René le laisse embarrassé. Il lit les détails, et ça ne lui plait guère. La constatation de la trace de coup sur la tête par le médecin ne lui plait pas plus.
- Et merde ! Il ne manquait plus que ça ! Aurait-on entendu si ses mots avaient trahis ses pensées.
Là-dessus, il décroche son téléphone et transmet la nouvelle en respectant la voie hiérarchique. Il se doute qu'une information comme celle-là va remonter très haut, et risque fort de gâcher la journée de plus d'une personne. A commencer inévitablement par la sienne.
Les premières consignes reçues de son commandant sont de suivre la procédure habituelle et de ne pas faire d'excès de zèle, en attendant que d'autres consignes lui parviennent. Surtout, ne rien faire qui pourrait lui être reproché par la suite. Et bien soit ! Il quitte son bureau et se dirige vers celui d'à côté, plus grand, où travaillent quatre de ses hommes. C'est en fait une grande pièce dans laquelle sont disposés quatre bureaux, face à face, deux par deux. Cette promiscuité permet un meilleur échange d'informations et d'idées, ainsi qu'une réactivité plus rapide quand plusieurs gendarmes sont mobilisés sur la même enquête.
- Messieurs, bonjour ! Les quatre gendarmes se lèvent comme un seul homme et saluent leur lieutenant. Vous pouvez vous rasseoir. Je suppose que vous êtes déjà au courant de ce qu'il s'est passé hier soir ? Non ?
- Affirmatif ! Répond l'un d'entre eux. Les journaux le savent aussi.
Et bien je vais quand même vous rappeler les faits. Hier soir, René Le Cam a été retrouvé mort chez lui, à première vue noyé par asphyxie dans sa fosse à purin. Je suppose que vous savez tous de qui il s'agit ? Chacun acquiesce de la tête. Ce n'est pas la peine que je vous fasse un dessin, vous vous doutez bien que les prochains jours ne vont pas être tranquilles. L'information est en train de remonter jusqu'au sommet de l'état, autant vous dire que nous allons être sous pression. En plus, si la presse en fait déjà ses choux gras... Comment ont-ils pu le savoir aussi rapidement ? Nous sommes malheureusement dans une région qui regorge de correspondants de presse. Quant à savoir qui les a prévenu, ce n'est pas ma préoccupation immédiate. J'espère toutefois qu'il ne s'agit aucunement de l'un d'entre nous. Si tel était le cas, je finirais par le savoir, à un moment ou à un autre, et à contre cœur, je me verrais dans l'obligation de sanctionner cette faute. Et bien, malgré cela, il va falloir éviter que les médias ne montent cette affaire en épingle. Parce que, si pour l'instant notre journal local est le seul a avoir pu profiter de ce scoop, nous allons bientôt avoir tous ses confrères sur le dos, et les télés et les radios aussi, je le crains. Quant à ce que nous allons leur dire, je vous transmettrai les consignes dès que je les aurai reçues. En attendant, on ne sait rien, donc on ne dit rien. Et on ne fait aucun commentaire. Des questions ?
- Oui, mon lieutenant ! Savons-nous comment René Le Cam s'est retrouvé dans sa fosse ?
- Bonne question Le Boulch. A priori, on pourrait penser à un accident. Sauf que selon le médecin qui est intervenu cette nuit pour constater le décès, la victime porte la trace d'un violent coup au niveau de la tête. A l'heure actuelle, il nous est impossible de savoir si ce coup est à l'origine de la mort, ou si il lui est antérieur. A t-il été frappé puis jeté dans la fosse ? C'est à nous de le découvrir. D'ailleurs, pour éviter tout débordement et tout acte de représailles, vous allez aller me chercher Jean-Marie Quéméneur, son voisin et « ami de toujours ». Vous me le ramenez, et je l'interrogerai. Pour l'instant, c'est notre suspect numéro un. Malheureusement, le différent qui l'opposait à René Le Cam étant de notoriété publique, il est fort probable que nous ne soyons pas les seuls à penser qu'il puisse être pour quelque chose dans cette histoire. D'autres auront bien l'idée de lui coller ça sur le dos à la lecture du journal. Alors vous y allez tous les quatre. Mais vous y allez en douceur. Vous ne me l'abîmez pas. Un mandat va nous parvenir dans quelques instants, vous partirez dans la foulée. Vous lui faites bien comprendre que si on l'embarque, ce n'est pas seulement pour l'interroger, mais que c'est aussi pour sa sécurité. Je ne veux pas d'incident. Et quand vous me l'aurez ramené, deux d'entre vous retourneront chez René Le Cam pour aider aux investigations en cours, et à l'éloignement des curieux.
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